Un placement financier qui ne bat pas l’inflation, ce n’est pas un investissement, c’est une course de fond… à l’envers. Les livrets réglementés font du surplace, la pierre attire, l’assurance-vie intrigue. Aujourd’hui, investir ne se résume plus à ouvrir un Livret A. Il s’agit d’arbitrer, de choisir des supports adaptés à ses objectifs, de comprendre ce que l’on fait, et pourquoi. Oubliez les recettes toutes prêtes : construire son patrimoine s’apparente désormais à une exploration, celle des actifs, des enveloppes fiscales, de la rentabilité réelle. Voici un tour d’horizon concret des options pour placer son argent sans s’égarer dans le brouillard des discours flous.
L’essentiel à retenir
Avant d’aller plus loin, synthétisons les points clés à connaître sur les placements financiers :
- Un actif financier ne vaut le détour que s’il offre un rendement supérieur à l’inflation, sinon, votre épargne s’érode en silence.
- L’épargne purement bancaire ne fait plus recette pour qui vise une valorisation sur plusieurs années.
- Accéder aux marchés financiers passe souvent par des enveloppes comme l’assurance-vie, le PEA ou le compte-titres.
- La pierre reste accessible sans passer par l’achat en direct, grâce aux sociétés immobilières comme les SCPI ou SIIC.
Décider où investir ne s’improvise pas. Depuis le retour de l’inflation en 2017, les stratégies des épargnants ont été bousculées. Les placements bancaires garantis ne suffisent plus à préserver le pouvoir d’achat. Il faut désormais regarder ailleurs pour faire fructifier son capital. Ce dossier passe en revue les principales solutions d’épargne disponibles, leurs mécanismes et leurs spécificités.
Pour ceux qui cherchent des pistes concrètes, notre sélection des meilleures options d’investissement est à disposition.
Qu’est-ce qu’un actif financier ?
Définition claire de l’investissement financier
Investir, c’est accepter d’immobiliser une somme sur une durée donnée avec l’espoir d’en tirer un gain. Concrètement, il s’agit de financer des entreprises, des projets publics ou privés, par le biais de la banque ou d’un courtier, et de percevoir, en échange, intérêts, dividendes, ou plus-values. Mais attention : rendement et immobilisation vont souvent de pair, tout comme le risque.
Investissement financier et solution d’investissement : ne pas confondre
On distingue l’investissement financier, l’actif en lui-même, de la solution d’investissement, c’est-à-dire l’enveloppe ou le support choisi pour y accéder. Un épargnant n’achète pas des actions ou des obligations directement en bourse : il passe par un intermédiaire (banque, compagnie d’assurance…). Celui-ci proposera des enveloppes réglementées (assurance-vie, PEA…) ou des livrets bancaires prévus par la loi.
Exemple : souscrire une assurance-vie ou ouvrir un PEA, ce n’est pas en soi investir en actions, mais choisir un cadre qui permet de le faire.
On peut pourtant investir directement, sans enveloppe fiscale : acheter des actions de société non cotée (hors bourse réglementée), investir dans l’immobilier en direct ou acquérir des parts de SCPI se fait souvent en dehors de tout cadre particulier. À l’inverse, il est possible de loger certains actifs dans une assurance-vie pour optimiser leur fiscalité.
Pour s’y retrouver, il existe plusieurs grandes familles de solutions d’investissement, selon le type d’actif sous-jacent et l’objectif poursuivi :
- Les livrets bancaires (Livret A, LEP, PEL, CEL, Livret Jeune…)
- L’assurance-vie (fonds en euros, unités de compte)
- La bourse (PEA, compte-titres ordinaire)
- L’épargne retraite (PER, PERP, PERCO…)
- L’immobilier « papier » (SCPI, SIIC, OPCI)
Chacun de ces supports mérite d’être analysé en détail, tant pour leur fonctionnement que pour la fiscalité qui s’y applique.
Investissements bancaires : livrets et comptes à terme
Les banques jouent un rôle pivot dans l’épargne sécurisée, proposant des placements réglementés ou non. En échange du dépôt, l’épargnant perçoit des intérêts… mais rarement le frisson de la performance. Ces placements se divisent en deux grandes catégories :
- Les solutions à vue, où l’argent reste disponible à tout moment.
- Les solutions à terme, qui impliquent un blocage temporaire des fonds.
L’épargne à vue : la souplesse avant tout
L’atout majeur de l’épargne à vue : la liquidité. On retire son argent quand on veut, sans frais ni pénalité. Parmi les principaux livrets à vue, citons :
- Le Livret A
- Le LEP (Livret d’Épargne Populaire)
- Le Livret Jeune
- Le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire)
Le Livret A
Le Livret A reste l’emblème de l’épargne sans risque en France : intérêts totalement exonérés d’impôt, versements plafonnés à 22 950 €, taux de 0,75 % en 2019. Aucune condition d’âge ou de revenus, contrairement au Livret Jeune ou au LEP.
LDDS : pour une épargne éthique et disponible
Le LDDS fonctionne sur le même principe que le Livret A, mais le plafond est limité à 12 000 €. Là aussi, les intérêts sont exonérés d’impôt et le taux est identique à celui du Livret A.
LEP : une solution réservée aux revenus modestes
Le LEP s’adresse aux foyers fiscaux sous un certain seuil de revenus (moins de 19 779 € pour une personne seule, plafond augmenté selon la composition du foyer). Le plafond est fixé à 7 700 €, le taux d’intérêt atteint 1,25 % en 2019, et les intérêts sont toujours exonérés.
Le Livret Jeune
Réservé aux 12-25 ans résidant fiscalement en France, le Livret Jeune est plafonné à 1 600 € (hors intérêts). Le taux, fixé librement par chaque banque, ne peut descendre sous 0,75 %.
Les livrets bancaires non réglementés
Souvent appelés « super livrets », ces produits ressemblent aux livrets classiques, à la différence que la banque fixe librement le taux d’intérêt, qui peut fluctuer. Les intérêts sont soumis à la flat tax de 30 %, ce qui réduit leur attractivité face aux livrets réglementés. Le plafond est fixé par chaque établissement, souvent à des montants élevés.
L’épargne à terme : PEL et comptes à terme
Les placements à terme n’offrent pas de rendements mirobolants, mais ils battent généralement les livrets à vue.
Deux formules classiques sont à distinguer :
- Le PEL (Plan Épargne Logement)
- Le compte à terme (CAT)
Le PEL
Le PEL est souvent présenté comme un tremplin pour l’achat immobilier. Les fonds y sont bloqués au moins 4 ans, plafonnés à 61 200 €, avec un taux brut de 1 %. Après fiscalité, le rendement net descend à 0,7 %. Dans la pratique, il a perdu de sa superbe et n’attire plus guère que pour sa dimension « épargne forcée ».
Compte à terme (CAT)
Le compte à terme, lui, immobilise l’épargne pour une période convenue à l’avance. Taux, durée et conditions de retrait varient selon les offres : taux fixe ou variable, intérêts progressifs, possibilités ou non de rachat anticipé. Plus l’argent reste bloqué longtemps, plus le taux grimpe. Comme pour les super livrets, les intérêts sont soumis à la flat tax de 30 % ou intégrés à l’impôt sur le revenu.
Comparatif des solutions d’épargne bancaire
Voici un aperçu des différentes offres bancaires, leurs conditions et leurs performances :
| Placement | Conditions d’ouverture | Liquidité | Fiscalité | Plafond | Rendement brut 2019 |
|---|---|---|---|---|---|
| Livret A | Aucune | À tout moment | Exonéré d’impôt | 22 950 € | 0,75 % |
| LDDS | Aucune | À tout moment | Exonéré d’impôt | 12 000 € | 0,75 % |
| LEP | Condition de revenus | À tout moment | Exonéré d’impôt | 7 700 € | 1,25 % |
| Livret Jeune | Âge (12-25 ans) | À tout moment | Exonéré d’impôt | 1 600 € | 0,75 % min. |
| Livret non réglementé | Aucune | À tout moment | PFU 30 % | Aucun | Variable |
| PEL | Aucune | Blocage 4 ans | PFU 30 % | 61 200 € | 1 % (0,7 % net) |
| CAT | Aucune | À l’échéance | PFU 30 % | Aucun | Variable |
En 2019, l’inflation atteignait 1,2 % selon l’INSEE. Conséquence : la quasi-totalité des placements bancaires protègent mal contre la hausse des prix (seul le LEP tire son épingle du jeu). C’est la mécanique du rendement réel négatif : le capital placé perd progressivement de sa valeur.
Ces solutions restent pratiques pour placer une épargne de précaution accessible à tout moment. Mais pour espérer faire croître son patrimoine, il faut viser d’autres horizons. Pour aller plus loin, consultez notre dossier « Comment placer 10 000, 100 000, 1 000 000 € ».
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L’assurance-vie : flexibilité et performance à la clé
L’assurance-vie séduit aussi bien les investisseurs prudents que les plus aguerris. Elle sert à la fois de solution d’épargne à moyen terme et d’outil pour optimiser la transmission ou la gestion de patrimoine.
Zoom sur son volet purement financier.
L’assurance-vie est d’abord une enveloppe fiscale permettant de loger un portefeuille d’actifs. Deux grandes familles de supports :
- Les fonds en euros
- Les unités de compte
Fonds en euros : sécurité mais rendement en déclin
Le fonds en euros garantit l’intégralité du capital. Aucune surprise, pas de perte possible : l’épargnant touche chaque année les intérêts, quoi qu’il arrive sur les marchés. Le rendement tourne autour de 1,5 %, soit juste au-dessus de l’inflation, mais la tendance est à la baisse. Attention : tous les fonds ne se valent pas, certains imposent des conditions d’accès ou des frais plus élevés.
En résumé, le fonds en euros s’inscrit comme une alternative intéressante au Livret A pour l’épargne de précaution, en offrant un rendement légèrement supérieur sans exposer à la volatilité.
Unités de compte : performance rime avec exposition au risque
Les unités de compte donnent accès à une large palette d’actifs : OPCVM (SICAV, FCP), ETF, parts de SCPI, SIIC, OPCI… Ici, le capital n’est pas garanti, mais le potentiel de rendement est nettement supérieur. On ajuste le niveau de risque selon son horizon de placement et ses objectifs. Un portefeuille équilibré peut viser 5 % de rendement brut, tandis qu’une allocation plus dynamique atteint parfois 7 à 8 % par an.
Pour approfondir la méthode, découvrez notre article sur les cinq étapes pour investir efficacement.
Fiscalité de l’assurance-vie : ce qui change après 8 ans
Le cadre fiscal de l’assurance-vie a beaucoup évolué. Aujourd’hui, dès la huitième année, elle permet de bénéficier de :
- Un abattement annuel sur les gains de 4 600 € (9 200 € pour un couple), lors des retraits
- Un taux d’imposition allégé à 7,5 % sur les intérêts, dans la limite de 150 000 € de versements
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Le détail de la fiscalité de l’assurance-vie vous attend ici.
Investir en bourse : PEA ou compte-titres ?
L’assurance-vie n’est pas seule sur le terrain : le PEA et le compte-titres ordinaire sont d’autres solutions pour accéder aux marchés financiers. Leur différence majeure : la possibilité d’investir directement dans des actions.
Le PEA : miser sur les actions européennes, fiscalité avantageuse
Le Plan d’Épargne en Actions (PEA) permet d’investir jusqu’à 150 000 € dans des sociétés européennes. Tout retrait avant 5 ans entraîne la clôture du plan ; après 5 ans, les gains sont exonérés d’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux (17,2 %) restent dus. Attention, la sélection d’actifs est limitée : il faut privilégier les actions européennes, ou des fonds qui y sont largement exposés (au moins 75 %). Résultat : diversification réduite, volatilité à prévoir, mais l’horizon de placement à long terme aide à lisser les risques.
Le compte-titres ordinaire : la liberté d’investir partout
Le compte-titres donne accès à une palette quasi illimitée d’actifs : actions françaises, internationales, obligations, ETF, produits dérivés… Il n’offre aucun avantage fiscal : tous les gains sont taxés à 30 % dès la première cession, sans abattement ni différé d’imposition. À noter : chaque opération d’achat-vente est imposée, même sans retrait effectif d’argent du compte. En échange, la flexibilité est totale, ce qui permet d’adapter sa stratégie à ses envies et à l’actualité des marchés.
Investir dans l’immobilier sans acheter en direct
Entrer sur le marché immobilier ne passe pas obligatoirement par l’achat d’un logement. Plusieurs structures permettent d’y participer autrement :
- Les SCPI
- Les SIIC
- Les OPCI
Ces placements dits « pierre-papier » reposent sur la détention d’immeubles par des sociétés spécialisées. L’investisseur vise la perception de revenus locatifs et la valorisation du patrimoine, tout en diversifiant son portefeuille.
Chaque support présente des caractéristiques propres en matière de liquidité, de risque et de rendement.
SCPI : la référence de l’immobilier collectif
Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) détiennent des actifs immobiliers, souvent professionnels. Trois grandes familles existent :
- Les SCPI de rendement, qui distribuent essentiellement des loyers
- Les SCPI de plus-value, misant sur la valorisation à la revente
- Les SCPI fiscales, qui permettent de bénéficier de dispositifs comme Pinel ou Malraux
Les parts de SCPI ne sont pas cotées : leur achat et leur revente sont donc moins liquides, avec des délais et coûts de transaction à prévoir. En contrepartie, les revenus (4 % brut en moyenne) et la mutualisation du risque séduisent de nombreux investisseurs. La fiscalité dépend du mode de détention : en direct, l’associé est imposé sur les revenus fonciers, déficits et avantages fiscaux compris.
OPCI : diversification et liquidité accrue
L’OPCI (Organisme de Placement Collectif en Immobilier) améliore la liquidité en conservant au moins 10 % de liquidités et en diversifiant ses avoirs (environ 30 % d’actifs financiers). Les rendements sont généralement plus faibles que ceux des SCPI, mais les OPCI sont facilement logeables dans une assurance-vie, ce qui ouvre des opportunités fiscales.
SIIC : l’immobilier coté en Bourse
Les SIIC (Sociétés d’Investissement Immobilier Cotées) sont des sociétés cotées, spécialistes de l’immobilier d’entreprise. Contrairement aux SCPI, leurs actions sont échangeables à tout moment en Bourse, ce qui garantit une liquidité supérieure. Elles sont soumises à la fiscalité des sociétés, sans transparence pour l’associé. Les SIIC affichent une volatilité supérieure aux SCPI, mais aussi un rendement plus élevé (environ 6 % brut) et des frais moindres.
Pour approfondir la comparaison entre SCPI et SIIC, retrouvez notre article dédié ici.
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