Un immeuble ne bénéficie pas automatiquement d’un avantage fiscal, même s’il se situe dans un secteur sauvegardé. La localisation, la nature des travaux et l’approbation préalable par l’administration conditionnent l’obtention du dispositif Malraux.
Le taux de réduction d’impôt varie en fonction de la zone d’implantation du bien et du type d’opération engagée. Des plafonds précis encadrent le montant des dépenses éligibles, et le non-respect des procédures entraîne la perte totale de l’avantage.
La loi Malraux, un outil de préservation du patrimoine et d’optimisation fiscale
Lancée en 1962 à l’initiative d’André Malraux, la loi Malraux s’est imposée comme une arme redoutable pour la sauvegarde du patrimoine architectural français. L’idée de départ est limpide : offrir une seconde vie à des immeubles anciens, parfois à l’abandon, situés dans des zones urbaines au charme historique. Pour remercier ceux qui relèvent ce défi, l’État accorde un avantage fiscal substantiel à tout investisseur qui s’y engage.
Le principe paraît simple, mais la réalité impose rigueur et discipline. Les travaux doivent suivre à la lettre les préconisations de l’Architecte des Bâtiments de France et concerner des biens localisés dans des Sites Patrimoniaux Remarquables (SPR), des Quartiers Anciens Dégradés (QAD) ou des secteurs couverts par le Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). En contrepartie, la réduction d’impôt s’applique sur la somme des travaux, dans la limite de 400 000 € répartis sur quatre ans.
Au fil des ans, la loi Malraux a été revue : modification par la loi de finances en 2016, adaptation avec la loi ELAN et prolongation via la loi de finances 2024. Elle dépasse la simple défiscalisation immobilière pour porter une ambition urbaine : valoriser et transmettre le patrimoine bâti. Les investisseurs qui acceptent les contraintes du dispositif deviennent, en retour, des acteurs de la renaissance des cœurs de ville.
Quels biens immobiliers et quelles localisations ouvrent droit au dispositif Malraux ?
Tout ne se vaut pas sous le dispositif Malraux. Les règles ciblent une typologie bien particulière : les immeubles anciens, souvent marqués par le temps, mais dont la valeur patrimoniale demeure incontestable. Pour prétendre au dispositif, la localisation est décisive.
Voici les principaux périmètres éligibles, chacun répondant à des enjeux urbains et historiques bien distincts :
- Sites Patrimoniaux Remarquables (SPR) : successeurs des anciens secteurs sauvegardés, ils englobent des centres-villes emblématiques comme Paris, Bordeaux, Lille ou Lyon. Ces territoires peuvent être structurés par un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) ou un Plan de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine (PVAP).
- Quartiers Anciens Dégradés (QAD) : ces zones, identifiées par l’État, nécessitent une intervention rapide pour éviter de sombrer dans la déshérence urbaine.
- Quartiers du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) : leur objectif ? Réhabiliter le tissu urbain fragilisé et restaurer la cohésion des quartiers.
La loi Monuments Historiques suit une logique différente : elle vise les immeubles classés ou inscrits, où qu’ils se trouvent, mais impose un engagement plus long. De son côté, le dispositif Malraux se concentre sur la restauration du patrimoine urbain, à condition que chaque opération réponde aux exigences strictes des Architectes des Bâtiments de France.
Choisir un bien à fort potentiel patrimonial, c’est donc adopter une démarche sélective : seuls les immeubles protégés par une décision officielle donnent accès à la réduction d’impôt Malraux.
Les critères d’éligibilité à respecter pour bénéficier de la réduction d’impôt
Bénéficier du dispositif Malraux suppose de cocher plusieurs cases. L’achat doit concerner un immeuble ancien dans une zone reconnue : SPR, QAD ou NPNRU. La restauration doit se plier à un cahier des charges précis, validé sous l’expertise de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF).
Le type de travaux réalisé ne laisse place à aucun flou : seule une restauration complète, couvrant façade, toiture, parties communes et parfois les logements eux-mêmes, permet d’entrer dans le dispositif. Les simples coups de pinceau n’ont pas leur place ici. Toute opération doit obtenir une autorisation préfectorale, après validation par l’ABF.
L’investisseur s’engage, une fois les travaux terminés, à louer le bien nu à titre de résidence principale dans l’année qui suit la fin du chantier. La location doit se maintenir au moins neuf ans. Pour éviter tout contournement, il reste interdit de louer à un parent proche.
Ce cadre s’adresse à la fois aux particuliers et aux associés de SCI à l’IR. Les sociétés soumises à l’IS restent, elles, à l’écart. En cas de déficit foncier, celui-ci peut être déduit des revenus fonciers, maximisant ainsi l’intérêt de la stratégie immobilière sous l’égide de la loi Malraux.
Taux de réduction Malraux : comment sont-ils calculés et quelles économies espérer ?
Le taux de réduction d’impôt offert par la loi Malraux dépend d’un critère clé : la localisation du bien. Investir dans un Site Patrimonial Remarquable (SPR) assorti d’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) permet de profiter d’une réduction de 30 % sur le montant des travaux retenus. Ce taux descend à 22 % si le bien se trouve dans un SPR avec Plan de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine (PVAP) ou en zone couverte par une déclaration d’utilité publique. Pour les Quartiers Anciens Dégradés (QAD) et les secteurs du NPNRU, la réduction grimpe également à 30 % jusqu’à la fin de l’année 2024.
Le plafond des dépenses éligibles s’établit à 400 000 euros sur quatre ans. Cette enveloppe ne se renouvelle pas : elle couvre toutes les opérations engagées par le contribuable sur cette période. Le calcul porte strictement sur les travaux effectivement réalisés et validés par l’ABF.
Point notable : la réduction d’impôt Malraux s’impute directement sur le montant à payer, sans être prise en compte dans le plafonnement global des niches fiscales. À la différence d’autres dispositifs comme la loi Pinel ou Denormandie, il n’existe pas de limite annuelle de 10 000 euros. Attention cependant : impossible de cumuler le Malraux avec d’autres dispositifs de défiscalisation immobilière, tels que le Pinel, le Denormandie ou le régime Monuments Historiques. Les économies réalisées varient selon le coût réel des travaux, le secteur ciblé et la stratégie patrimoniale de chaque investisseur.
Au bout du compte, investir avec le dispositif Malraux, c’est choisir d’inscrire son projet immobilier dans une aventure collective : participer à la renaissance de quartiers entiers, tout en donnant du sens à ses placements. Qui sait ? Peut-être que le prochain immeuble à retrouver sa splendeur portera votre signature.


